Remotiver l’élève

La motivation – cause ou effet de la réussite ?

 

Le médecin déclare: le malade est décédé. Cause: maladie.

Nous sommes révoltés. Le malade est allé précisément vers le médecin parce qu’il était malade. Nous nous interrogeons: le médecin a-t-il vraiment fait tout ce qu’il était possible de faire, sur le plan humain et médical pour sauver le malade ? Est-il un bon médecin ?

 

L’enseignant déclare: l’élève a échoué. Cause: manque de motivation. Nous ne sommes pas révoltés. Cela nous semble acceptable et même logique. Nous partons de l’idée que la réussite est le résultat de la motivation, or la motivation puise ses sources dans la réussite.

 

Pour réunir nos énergies afin de faire face à un quelconque défi, nous devons pouvoir imaginer avoir la capacité et quelque chance d’y parvenir. Qu’il s’agisse de s’atteler à la préparation d’un soufflé aux champignons, d’un tour du lac en bicyclette ou d’une dissertation sur l’influence du climat sur les mœurs des sociétés humaines, nous ne réussirons à nous projeter dans la réalisation de ces projets que dans la mesure où nous pensons que nous pouvons y parvenir. Moi, par exemple, considérant que mes chances de réussite dans le domaine du soufflé sont minimes, j'opterais pour la dissertation. Ainsi, tout mon potentiel en matière de soufflé est perdu d’avance, avant même que j’en fasse l’expérience, parce que ma croyance est que je n’en suis pas capable et dans le cadre d’un cours de cuisine, je serais qualifiée d’élève non motivée.

 

Le manque de motivation est une réaction à des événements qui ont véhiculé des signaux nous faisant croire que nous ne pourrons pas comprendre, apprendre ou faire quelque chose.

L’élève qui croit, à tort ou à raison, qu’il ne pourra pas réussir, manquera pour cette raison de motivation et cet état de chose ne pourra pas être changé par la multiplication des efforts qu’on lui demandera pour essayer de remédier à ses difficultés.

 

La motivation n’est ni stable ni constante et peut changer d’un instant à l’autre en fonction des circonstances, des stimulations ou des frustrations.

 

Un élève peut arriver en classe avec un désintérêt non dissimulé et cinq minutes plus tard, après un accueil encourageant et une explication claire et stimulante d’un enseignant, on voit ce même élève participer au cours avec des yeux pétillants d’enthousiasme.

 

Si l’on parvient à créer des situations permettant à l’élève de faire l’expérience de sa capacité d’apprendre et de faire face aux tâches qui lui sont demandées, on pose les bases de sa motivation. Ceci nous amène à la difficulté suivante : l’enseignant doit parfois recourir à des jongleries pédagogiques afin d’amener des élèves en difficulté à un certain degré de réussite qui permettra l’éclosion de la motivation.

 

En d’autres termes, c’est en lui permettant grâce à des expériences réussies de se faire confiance qu’il sera à même de construire une relation positive avec l’étude, avec l’effort et avec une certaine discipline. On dira alors qu’il est motivé. Sa motivation lui permettra d’aller vers d’autres expériences de réussite qui consolideront à leur tour sa motivation.

 

L’enseignant aura construit ainsi, à force de patience, de savoir faire pédagogique et d’une certaine générosité, le cercle vicieux positif qui mène de la réussite à la confiance en soi, de la confiance en soi à la motivation et de la motivation de nouveau à la réussite.

 

Un cercle vicieux qui crée des énergies positives qui s’autoalimentent en permanence pour le bonheur des élèves, des enseignants et de la société.

 

Judit Varadi